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Les matins
d'hiver, très tôt avant de quitter la maison, mon oncle
se contentait d'un bol de café noir, parfois, d'un bol
de café au lait avec du pain trempé. Puis, vers neuf
heures, il revenait casser la croûte (cullazione).
En été, la
cullazione était prise à l'extérieur, au bord de la
rivière ou sous les châtaigniers. Mon oncle sortait de
sa musette (a musetta) son couteau
qui ne le quittait jamais, un beau morceau de pain qu'il
accompagnait d'un morceau de fromage, d'une tranche de
lard ou de jambon (prizuttu) et d'un bon
verre de vin de la vigne.
Pour ne pas
perdre de temps, à la saison de la dirasquera
(débroussaillage), le repas du midi (a merenda)
constitué de tranches de polenta ou d'une miche de pain
dont chaque tranche est imprégnée du jus d'un figatellu
qu'on réchauffe sur une flamme improvisée, était
également bien souvent pris en plein air.
A table, je me souviens que chacun avait sa place.
Personne ne prenait la chaise de grand-père (u
patrone di a casa) et même s'il était absent, son
assiette était mise. Quand il est mort, sa place est
revenue symboliquement à son fils.
Jamais on ne commençait un repas avant que tout le monde
ne soit assis et jamais on ne quittait la table sans que la
permission ne nous en ait été donnée. La miche était le pain traditionnel car
elle avait la vertu de se conserver longtemps dans la
meria (le bahut). Avant de l'entamer, on
faisait sur son dos une croix avec le couteau en signe
de respect. On veillait ensuite à ne pas reposer le pain
sur la table en le tournant à l'envers; grand-mère
disait alors que c'était "u pane di u boia" (le
pain du bourreau).
S'il arrivait que quelqu'un rote à table, ça n'était pas
considéré comme un comportement grossier. Au contraire,
cela voulait dire que le repas était savoureux et on lui
répondait: "bon pro ti faccia !" (que celà
te profite).
Par contre, si quelqu'un faisait le difficile on disait
: "un vole chè pane di u sabatu sera!" (il
ne veut que du pain du samedi soir!). |