GHJACUMU BONICARDU

 

COPYRIGHT:  Décembre 2007

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CONTES ET LEGENDES  DE CORSE

A VEGHJA


 

En hiver, les paysans rentrent tôt au village car les jours sont courts et la nuit tombe vite. Les outils sont remisés, dans le champ la charrue est abandonnée et les bêtes sont mises à l'abri. Il ne faut pas s'attarder en chemin car on a peur de ces ténèbres qui sont l'univers des mazzeri (sorciers), des steghe (sorcières), des murtulaghji (revenants), des diavuli (diables) et autres démons.

On se hâte de rentrer au logis pour préparer la veillée qui rassemblera tout le monde autour de l'immense fucone.

Chaque soir, après avoir soupé, on se rend dans la maison d'un voisin, d'un parent ou d'un ami pour se joindre à la veillée (veghja) que chacun organise à son tour. L'atmosphère y est chaque fois différente car il y a toujours un conteur inspiré, un témoin auquel est survenu une aventure, un évènement à raconter... qui font vibrer ces heures dans la nuit noire.

Dans la grande salle faiblement éclairée, assis autour de l'âtre où brûle une grosse bûche, on se serre pour faire place au nouvel arrivant qui vient de frapper à la porte d'entrée. Mamone (grand-mère) a mis à rôtir dans le testu (poêle) une grosse poignée de châtaignes cueillies aujourd'hui et Babone (grand-père)  a posé sur la table une bouteille de vin de sa vigne. 

Malgré l'épaisse fumée qui nous pique les yeux, nous les enfants,  silencieux, immobiles et sur nos gardes, évitant d'attirer l'attention des adultes de peur qu'ils ne nous envoient nous coucher, nous écoutons suspendus aux lèvres du conteur ces fole (histoires) qui pouvaient nous faire rire, pleurer, trembler ou rêver à volonté et que la nostalgie nous rappelle aujourd'hui...

Babone (grand-père) découpe avec patience l'erba a tabaccu (herbe à tabac) qu'il tient dans sa main, bourre lentement sa pipe, l'allume avec un tison, tire sa première bouffée et prononce les mots magiques: "C'era una volta..."