|
 |
En hiver, les paysans rentrent tôt au
village car les jours sont courts et la nuit tombe vite. Les
outils sont remisés, dans le champ la charrue est
abandonnée et les bêtes sont mises à l'abri. Il ne faut pas
s'attarder en chemin car on a peur de ces ténèbres qui sont
l'univers des
mazzeri (sorciers), des steghe
(sorcières), des murtulaghji
(revenants), des diavuli (diables) et autres
démons.
On se hâte de rentrer au logis pour
préparer la veillée qui rassemblera tout le monde autour de
l'immense
fucone.
Chaque soir, après avoir soupé, on se
rend dans la maison d'un voisin, d'un parent ou d'un ami
pour se joindre à la veillée (veghja) que
chacun organise à son tour. L'atmosphère y est chaque fois
différente car il y a toujours un conteur inspiré, un témoin
auquel est survenu une aventure, un évènement à raconter...
qui font vibrer ces heures dans la nuit noire.
|
|
Dans la grande salle faiblement
éclairée, assis autour de l'âtre où brûle une grosse bûche,
on se serre pour faire place au nouvel arrivant qui vient de
frapper à la porte d'entrée. Mamone
(grand-mère) a mis à rôtir dans le testu
(poêle) une grosse poignée de châtaignes cueillies
aujourd'hui et Babone (grand-père) a
posé sur la table une bouteille de vin de sa vigne.
Malgré l'épaisse fumée qui nous pique
les yeux, nous les enfants, silencieux, immobiles et
sur nos gardes, évitant d'attirer l'attention des adultes de
peur qu'ils ne nous envoient nous coucher, nous écoutons
suspendus aux lèvres du conteur ces
fole (histoires) qui pouvaient nous faire
rire, pleurer, trembler ou rêver à volonté et que la
nostalgie nous rappelle aujourd'hui...
Babone (grand-père)
découpe avec patience l'erba a tabaccu (herbe à
tabac) qu'il tient dans sa main, bourre lentement sa pipe,
l'allume avec un tison, tire sa première bouffée et prononce
les mots magiques: "C'era una volta..."
|