GHJACUMU BONICARDU

 

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LES BANDITS CORSES

ROMANETTI

(1882-1926)

Nonce, Louis Romanetti est né à Calcatoggio le 25 juillet 1882.

Il exerce dans son village la profession de boucher, mais il vient de déposer une demande pour devenir gardien de prison.

En 1899, un jour d'élection, comme cela arrivait souvent au cours de ces journées enflammées, une bagarre éclate sur la place du village et Romanetti blesse d'un coup de stylet son adversaire. Cette première affaire lui vaut d'être arrêté et condamné à 10 mois de prison. Il a juste 15 ans.

En 1904, il blesse à nouveau d'un coup de stylet un habitant de Calcatoggio, ainsi que son épouse qui tentait de s'interposer, parce qu'il avait manqué à sa parole électorale. De nouveau arrêté et condamné, après avoir purgé 3 ans de prison à Nîmes, il revient au village en 1913.

Un jour, un de ses amis se propose de lui vendre un boeuf; Romanetti accepte, mais il ne sait pas que l'animal a été volé. Nonce Romanetti en compagnie de l'un de ses deux chiens.Au moment où il est en train de charcuter sur la place du village, le propriétaire de l'animal vient le voir pour lui demander réparation. Romanetti, ne peut pas dénoncer son ami, alors il accepte de réglé la bête au prix demandé. L'affaire aurait pu en rester là, mais le propriétaire se ravise et dépose plainte.

Cette affaire pour vol, dont il est, injustement accusé, lui vaut une nouvelle condamnation à 5 ans de prison et  5 ans d'interdiction de séjour. Mais Romanetti, qui a pris le maquis, avec la ferme intention de se venger, est condamné par contumace. Quelques mois plus tard, en janvier 1914, alors que Giulio-Cesare Carbuccia, l'homme qui l'a fait condamner, se rend à la messe au col de San-Bastiano, près du village où l'on célèbre la fête patronale, le bandit, caché derrière un fourré, l'abat d'une balle en pleine tête. Désormais, dans l' épaisse végétation qui entoure le Cruzinu, Romanetti organise sa vie. Beau garçon, il cumule les aventures amoureuses et prend souvent des risques inconsidérés que les gendarmes, connaissant sa faiblesse, tentent en vain d'exploiter.

Au cours de cette même année, il ne répond pas à l'ordre de mobilisation et entreprend le commerce en gros de la viande de boucherie. Il signe un contrat avec la firme Roquefort pour l'approvisionnement des fromageries et devient l'intermédiaire des bergers. Devenu riche, il s'offre une escorte de protecteurs qui surveillent pour lui le maquis et troque son cheval contre l'automobile qui vient de faire son apparition sur les routes de Corse.

En 1919, le mariage de l'une de ses filles avec Jean-Marie Mancini, célébré au maquis, est l'objet de fastueuses réjouissances  auxquelles sont conviées de nombreuses personnalités ainsi que tous les maires du canton de l'Orcino. La notoriété de Romanetti ne fait que croître.

Respecté de tous, il est appelé à exercer son influence comme paceru au sein des familles dans la discorde. Même les meurtriers lui demandent conseil; comme cet instituteur de Calcatoggio qui après un accès de démence, venant de tuer son épouse et ses deux enfants lui demande ce qu'il doit faire. Romanetti lui répond: "après ça, il ne te reste plus qu'à rentrer chez toi et à te tirer une balle dans la tête". L'instituteur suivra aussitôt son conseil.

La politique, les campagnes électorales, comme celle de 1920 à laquelle il prit une part active, occuperont une place très importante dans la vie du bandit.

En mai 1922, lors de sa venue en Corse, Alexandre Millerand, Président de la République, serre la main de Romanetti qui fait partie du cortège des maires reçus à Evisa.

En 1923, il soutient la campagne du riche industriel François Coty, originaire d'Ajaccio, qui est venu lui demander la permission de se présenter aux élections sénatoriales.

Adulé des femmes, courtisé par les hommes désireux d'obtenir ses grâces, il mène le train de vie d'un prince: On le voit partout aux meilleures tables, distribuant avec largesse de généreux pourboires. Sûr de son invincibilité, il s'installe au golfe de Lava avec Madeleine Mancini. Régulièrement informé des opérations de gendarmerie, il parvient systématiquement à fuir pour éviter l'affrontement.

Lors d'un entretien avec un journaliste il lui déclara ceci: "Dites bien à vos lecteurs que Romanetti n'est ni un voleur, ni un lâche et que je n'ai jamais fait de tort à qui que ce soit... je m'efforce même d'adoucir le sort de ceux qui ont faim en les aidant dans la mesure de mes moyens. Je n'ai jamais tué que pour me défendre".

De la vallée de la Cinarca à la montagne de Vizzavona, Nonce Romanetti s'était autoproclamé roi du maquis et on le surnommait "le bandit dandy".

 Il avait obtenu une notoriété qu'il cultivait par les nombreuses réceptions accompagnées de musiques et de chants qu'il organisait dans "son palais vert". Des personnages illustres, qu'il recevait volontiers avec une mise en scène calculée, se sont succédés à sa table et ont colporté sa renommée bien au-delà de l'hexagone.

Une nuit du 25 avril 1926, sur la route de Lava, alors qu'il rejoint sa tanière à Pevani, il ne verra pas venir les balles qui l'atteignent mortellement.

Qui a criblé son corps de balles de chevrotines ? Peut-être, un proche de son entourage comme son fidèle ami de Bocognano (en cette fin de mois, Romanetti avait dans sa poche la paie de tous les bergers qui travaillaient pour la firme Roquefort)  mais certainement pas les gendarmes, malgré ce que racontera le journal local du lendemain !... sauf le petit journal qui s'interroge.

 

Article paru dans le petit journal le

 27 avril 1926

A l'apogée de la gloire, la vie de Nonce Romanetti s'achève brutalement, comment pouvait-il en être autrement ?,  après 15 années passées dans un maquis doré. Plus de 5000 personnes suivront le cortège de ses funérailles jusqu'à sa dernière demeure dans la propriété familiale de Calcatoggio

 

  Acte de décès et tombe de Nonce Romanetti 

Photo (rconstitution) de l'assassinat du bandit parue dans le supplément illustré du Petit journal le 09 mai 1926

 

Dernière mise à jour pour cette page: 27 décembre 2011