GHJACUMU BONICARDU

 

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LES BANDITS CORSES

LES BELLACOSCIA

Antoine (1827-1907) - Jacques (1832-1896)

Paul Bonelli, le patriarche, vit en concubinages avec 3 soeurs, Julie, Marie et Claire Fontana qui a vingt ans de moins que lui. Elles lui donneront 24 enfants. Deux enfants de cette grande fratrie deviendront célèbres sous le surnom de leur père: Bellacoscia (belle cuisse).

Antoine est le premier à prendre le maquis. Réfractaire au service militaire, arrêté à Bocognano en 1847, il fausse la compagnie des gendarmes qui le conduisaient à Bastia et  se réfugie dans son vaste domaine de la Pentica qu'il ne quittera que près d'un demi siècle plus tard.

Le trois novembre 1848, en compagnie de deux autres bandits, il emmène et séquestre durant 9 jours, dans son refuge de Pentica, le vieux Dominique-André Cerati qui refuse de lui donner la main de sa fille Jeanne dont il est tombé amoureux à la foire de Bocognano. Cette affaire, ajoutée à celle de sa désertion, lui vaut d'être condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité. C' est à ce moment là que son frère Jacques qui vient de tirer une décharge de chevrotines dans les jambes du Maire de Bocognano (qui est aussi notaire) parce que ce dernier avait eu la prétention de ravir à

sa famille les terres de Pentica, décide de le rejoindre au maquis. Les deux frères ne se quitteront plus. Le 12 juin 1850, Jean-Baptiste Marcangeli qui vient d'épouser Jeanne Cerati, malgré l'avertissement de Jacques, est abattu alors qu'il laboure son champ. Dans la même journée, Dominique Gaffory, ami de Marcangeli, qui s'était vanté en public de ne pas craindre les Bellacoscia, est retrouvé mort sur le sentier qui mène au village. Il avait reçu une balle en pleine tête. Ces meurtres n'eurent pas de témoins, mais Antoine et son frère sont soupçonnés et de nouveau condamnés par contumace à la peine de mort.

Le 31 août 1852, à la suite d'une méprise, un certain Vizzavona est abattu alors qu'il se promène dans le village en compagnie des frères Manei. Il avait été pris pour Dominique Miniconi, un jeune homme qui avait compromis la soeur de Jacques Bonelli et s'était soustrait au mariage. Soupçonnés de ce nouveau meurtre et malgré l'absence de témoins, les frères Bellacoscia, sont une nouvelle fois condamnés à la peine capitale.

Le 24 janvier 1856, Denis Pinelli, un informateur, accompagné de deux gendarmes, se dirige vers la bergerie des bandits. Il est abattu de deux balles en pleine poitrine. Les gendarmes sont épargnés. Il est à noter qu' en plus de 40 ans de maquis, aucun gendarme ne sera la victime des frères Bonelli, ce qui ne les empêchera pas d'être condamnés une nouvelle fois pour "tentative d'homicide volontaire sur les agents de la force publique dans l'exercice de leurs fonctions". Et pourtant... On raconte qu'un jour, au fond d'un ravin, ils trouvent un gendarme blessé. Ce dernier qui tentait une embuscade avec ses collègues s'était égaré. Les deux frères portent secours au gendarme qui croit que son heure est venue. Ils l'emmènent à la bergerie, le soigne et le laisse repartir avec son fusil. Le gendarme qui n'en revient pas d'avoir été traité avec autant de respect rentre à la gendarmerie et pose aussitôt sa démission.

On raconte aussi qu'un soir de septembre 1870, les frères Bellacoscia "s'invitent" dans le bureau du Préfet à Ajaccio pour offrir leurs services. Ils lui proposent de former un corps de Francs-tireurs pour aller combattre les Allemands. Cette offre sera bien entendue déclinée par le gouvernement mais un nouveau préfet auquel on avait rapporté les faits souhaita vivement rencontrer les deux frères. Il fut accueilli dans leur repère avec une telle hospitalité qu'il décida d'y revenir imité par la suite par d'autres célébrités. Journalistes, écrivains, personnages publics, hommes politiques  (tels que Léon Gambetta, le préfet G.Eugène Haussmann et autres préfets, ministres et députés),  monarques, se succèdent à la table des Bellacoscia et contribuent ainsi à leur renommée. La réputation des frères Bonelli, et en particulier d'Antoine, très amis par ailleurs avec le député Emmanuel Arène, est telle qu'on les sollicite régulièrement  pendant les "chaudes" périodes  électorales ou pour régler certains litiges.

Même la compagnie des chemins de fer n'hésite pas à faire appel à eux, moyennant rétribution,  pour la surveillance de son chantier qui souffrait de quelques vols et autres incidents.

Malgré une dernière tentative de grande ampleur pour tenter de les déloger, les deux célébrités qui ont maintenant chacune leur maison au palais vert de Pentica, continuent à vivre des jours paisibles.

Mais Antoine est fatigué de cette vie et c'est la promesse de grâce arraché au Président Sadi Carnot (lors de sa venue en corse) par le député Emmanuel Arène, ami des bandits, qui va le décider à se constituer prisonnier ce matin du 25 juin 1892 sur le plateau de la foce de Vizzavona en déposant son fusil aux pieds du Capitaine de Gendarmerie Ordioni et devant une brigade de gendarmes au garde-à-vous. Tous deux montent ensuite dans une voiture qui les conduit à  la gare de Corté où ils prennent , en première classe, le train pour Bastia

Accueillis sous les Vivas de la foule qui les escorte jusqu'à l'hôtel de France, ils dîneront et y passeront la nuit avant qu'Antoine, dont les crimes sont désormais prescrits, ne soit conduit à la maison d'arrêt. Le 25 juillet 1892, après un procès symbolique et une courte délibération, le jury déclare le prévenu non coupable mais il est interdit de séjour en Corse.

Le 1er août, résigné, il s'embarque sur le "ville de Bastia" à

destination de Marseille où il est attendu par une foule de 2000 personnes. Cependant, les interventions se multiplient sous la pression d'Emmanuel Arène et moins de dix semaines plus tard, un arrêté préfectoral autorise Antoine à  retourner dans son île natale où la vieillesse l'emportera tranquillement en 1907 à l'age de 80 ans.

Quand à son frère, Jacques, dont le dernier crime remontait à moins de 30 ans, il n'avait pas voulu quitter son maquis qu'il continua à parcourir tranquillement jusqu'à ce mois de janvier 1895, date supposée de sa mort dont on ignore les causes. On pense qu'il fut victime d'une congestion pulmonaire et que sa dépouille qu'on ne retrouvera jamais, fut cachée par sa famille. Il avait 64 ans.

 

Dernière mise à jour pour cette page: 01 décembre 2011