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Paul
Bonelli, le patriarche, vit en concubinages avec 3
soeurs, Julie, Marie et Claire Fontana qui a vingt ans
de moins que lui. Elles lui donneront 24 enfants. Deux
enfants de cette grande fratrie deviendront célèbres
sous le surnom de leur père: Bellacoscia
(belle cuisse).
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Antoine est le premier à prendre le maquis. Réfractaire
au service militaire, arrêté à Bocognano en 1847, il
fausse la compagnie des gendarmes qui le conduisaient à
Bastia et se réfugie dans son vaste domaine de la
Pentica qu'il ne quittera que près d'un demi siècle
plus tard.
Le trois
novembre 1848, en compagnie de deux autres bandits, il emmène et séquestre durant 9 jours,
dans son refuge de Pentica, le vieux Dominique-André
Cerati qui refuse de lui donner la main de sa
fille Jeanne dont il est tombé amoureux à la foire de
Bocognano. Cette affaire, ajoutée à celle de sa
désertion, lui vaut d'être condamné par contumace aux
travaux forcés à perpétuité. C' est à ce moment là que
son frère Jacques qui vient de tirer une décharge de
chevrotines dans les jambes du
Maire de Bocognano (qui est aussi notaire) parce que ce
dernier avait eu la prétention de ravir à |
sa famille
les terres de Pentica, décide de le rejoindre au maquis.
Les deux frères ne se quitteront plus. Le 12 juin
1850, Jean-Baptiste Marcangeli qui vient d'épouser
Jeanne Cerati, malgré l'avertissement de Jacques, est
abattu alors qu'il laboure son champ. Dans la même
journée, Dominique Gaffory, ami de Marcangeli, qui
s'était vanté en public de ne pas craindre les Bellacoscia, est retrouvé mort sur le sentier qui mène
au village. Il avait reçu une balle en pleine tête. Ces
meurtres n'eurent pas de témoins, mais Antoine et son
frère sont soupçonnés et de nouveau condamnés par
contumace à la peine de mort.
Le 31 août
1852, à la suite d'une méprise, un certain Vizzavona est
abattu alors qu'il se promène dans le village en
compagnie des frères Manei. Il avait été pris pour
Dominique Miniconi, un jeune homme qui avait compromis la soeur de
Jacques Bonelli et s'était soustrait au mariage.
Soupçonnés de ce nouveau meurtre et malgré l'absence de
témoins, les frères Bellacoscia, sont une nouvelle fois
condamnés à la peine capitale.
Le 24 janvier 1856, Denis Pinelli, un informateur, accompagné de deux gendarmes,
se dirige vers la bergerie des bandits. Il est abattu de
deux balles en pleine poitrine. Les gendarmes sont
épargnés. Il est à noter qu' en plus de 40 ans de
maquis, aucun gendarme ne sera la victime des frères
Bonelli, ce qui ne les empêchera pas d'être condamnés
une nouvelle fois pour "tentative d'homicide volontaire
sur les agents de la force publique dans l'exercice de
leurs fonctions". Et pourtant... On raconte qu'un jour, au fond d'un
ravin, ils trouvent un gendarme blessé. Ce dernier qui
tentait une embuscade avec ses collègues s'était égaré.
Les deux frères portent secours au gendarme qui croit
que son heure est venue. Ils l'emmènent à la bergerie,
le soigne et le laisse repartir avec son fusil. Le
gendarme qui n'en revient pas d'avoir été traité avec
autant de respect rentre à la gendarmerie et pose
aussitôt sa démission.
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On
raconte aussi qu'un soir de septembre 1870, les frères Bellacoscia
"s'invitent" dans le bureau du Préfet à Ajaccio pour
offrir leurs services. Ils lui proposent de former un corps
de Francs-tireurs pour aller combattre les Allemands.
Cette offre sera bien entendue déclinée par le
gouvernement mais un nouveau préfet auquel on avait
rapporté les faits souhaita vivement rencontrer les deux
frères. Il fut accueilli dans leur repère avec une telle
hospitalité qu'il décida d'y revenir imité par la suite
par d'autres célébrités. Journalistes, écrivains,
personnages publics, hommes politiques (tels que
Léon Gambetta, le préfet G.Eugène Haussmann
et autres préfets, ministres et députés), monarques, se succèdent à la
table des Bellacoscia et contribuent ainsi à leur
renommée.
La
réputation des frères Bonelli, et en particulier
d'Antoine, très amis par ailleurs avec le député
Emmanuel Arène, est telle qu'on les sollicite
régulièrement pendant les "chaudes"
périodes électorales ou pour régler
certains litiges. |
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Même la
compagnie des chemins de fer n'hésite pas à faire appel
à eux, moyennant rétribution, pour la surveillance
de son chantier qui souffrait de quelques vols et autres incidents.
Malgré une
dernière tentative de grande ampleur pour tenter de les
déloger, les deux célébrités qui ont maintenant chacune
leur maison au palais vert de Pentica, continuent à
vivre des jours paisibles.
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Mais
Antoine est fatigué de cette vie et c'est la
promesse de grâce arraché au Président Sadi Carnot (lors de sa venue en corse) par le
député Emmanuel Arène, ami des bandits, qui va le
décider à se constituer prisonnier ce matin du 25 juin
1892 sur le plateau de la foce de Vizzavona en
déposant son fusil aux pieds du Capitaine de Gendarmerie Ordioni
et devant une brigade de gendarmes au
garde-à-vous. Tous deux montent ensuite dans une voiture
qui les conduit à la gare de Corté où ils prennent
, en première classe, le train pour Bastia
Accueillis sous les Vivas de la foule qui
les escorte jusqu'à l'hôtel de France, ils
dîneront et y passeront la nuit avant
qu'Antoine, dont les crimes sont désormais
prescrits, ne soit conduit à la maison
d'arrêt. Le 25 juillet 1892, après un procès
symbolique et une courte délibération, le
jury déclare le prévenu non coupable mais il
est interdit de séjour en Corse.
Le 1er août, résigné, il s'embarque sur le "ville
de Bastia" à |
destination
de Marseille où il est attendu par une foule de 2000
personnes. Cependant, les
interventions se multiplient sous la pression d'Emmanuel
Arène et moins de dix semaines plus tard, un arrêté
préfectoral autorise Antoine à retourner dans son
île natale où la vieillesse l'emportera tranquillement
en 1907 à l'age de 80 ans.
Quand à son
frère, Jacques, dont le dernier crime remontait à moins
de 30 ans, il n'avait pas voulu quitter son maquis qu'il
continua à parcourir tranquillement jusqu'à
ce mois de janvier 1895, date supposée de sa mort dont
on ignore les causes. On pense qu'il fut victime d'une
congestion pulmonaire et que sa dépouille qu'on ne
retrouvera jamais, fut cachée par sa famille. Il avait
64 ans.
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